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Ses mines de fer
 
Laissey connut une forte activité d'extraction du minerai de fer de la moitié du 19ème siècle jusqu'au début de la Seconde guerre mondiale. L'engouement était tel et les experts si enthousiastes que certains projets un peu fou, comme l'établissement d'un haut fourneau, furent évoqués.
 

Sommaire :

 

    Historique des mines de fer : de 1842 à la Seconde guerre mondiale


Laissey compta plusieurs mines de fer qui furent exploitées en concession à partir de 1842. Dès cette époque et antérieurement, elles alimentaient les petits hauts fourneaux au bois du pays, notamment au début du 19ème siècle.

A partir de 1853, le minerai de Laissey entra progressivement dans la consommation courante des grands hauts fourneaux du Creusot, du Rhône et de la Loire. Dès 1863, 3000 tonnes de minerai étaient utilisés annuellement par les usines de Clerval qui, à cette époque, exploitaient deux hauts fourneaux. Indépendamment des quantités fournies au Creusot, plus de 200 000 tonnes furent livrés jusqu'en 1885 aux hauts fourneaux de Terrenoire, Chasse, Givors, Firminy, ... Puis, à partir de cette date, lesdits hauts fourneaux subirent de plein fouet la concurrence féroce de la fonte produite en Meurthe-et-Moselle.

Le déclin des mines de Laissey s'amorça, mais l'extraction continua puisque la construction d'un haut fourneau à Laissey fut évoquée en 1894. Le 25 juillet 1887, les quatre concessions de Laissey, du Jay-Rouge, de Souvance et de Roulans furent réunies par décret présidentiel et attribuées à F. Sarrazin et L. Besson.

Le début de la Seconde guerre mondiale mis un terme définitif à l'extraction du minerai du bassin de Laissey.

L'exploitation des mines de fer attira de nombreux ouvriers, en particulier une forte communauté italienne. Ainsi, entre les recensements de 1851 et de 1861, la population de Laissey passa de 188 à 270 habitants, soit un gain de 82 personnes. Cependant, dès celui de 1872, le déclin des mines se fit ressentir durement puisque Laissey redescendit à 219 habitants, soit une perte de 51 personnes.

Pour loger les ouvriers, une petite cité ouvrière de six maisons fut construite le long de la Grande Rue actuelle. Ces maisons sont toujours visibles, dont l'actuelle poste. Chacune comprenait quatre logements de deux pièces. En 1890, elles furent vendues à des particuliers pour le prix de 1400 francs or.

La légende raconte que du fer de Laissey entra dans la composition de l'acier qui servit à bâtir la tour Eiffel ! Entre légende et réalité...

Aujourd'hui, les accès aux mines de fer sont murés ou condamnés par des grilles de protection. De nombreuses chauves-souris y ont trouvées refuge.




    Les quatres concessions du bassin de Laissey


Le bassin de Laissey est partagé entre quatre concessions, d'une superficie totale de 727 hectares :

  • la concession du Jay-Rouge, d'une superficie 62,20 hectares.
  • la concession de Souvance, d'une superficie 79 hectares.
  • la concession de Roulans, d'une superficie 276 hectares.
  • la concession de Laissey, d'une superficie 310,20 hectares.

Elles s'étendent à la fois sur la rive gauche et sur la rive droite du Doubs et elles sont partagées en deux parties sensiblement égales (355 hectares à droite et 372 à gauche).

Un embranchement particulier du P.L.M. (ancêtre de la S.N.C.F.), qui se détachait de la voie principale à 55 mètres de la gare de Laissey côté Belfort, desservait les exploitations de la rive droite.


[Concessions]
Plan des quatres concessions.




    Etudes géologiques et exploitation des bancs de minerai


Le massif rocheux, dans lequel est déposée la couche de minerai, a été brisé par l'effet de convulsions géologiques anciennes et les parties séparées ont fait place à l'étroite vallée du Doubs.

Il en résulte que, sur la rive droite du Doubs (concessions de Souvance et de Roulans), la couche est inclinée de 25 à 30 degrés par rapport au plan horizontal et dans le sens le plus favorable à l'exploitation.

Sur la rive gauche du Doubs (concessions du Jay-Rouge et de Laissey), l'inclinaison n'est que de 15 à 16 degrés et en sens inverse. Pour faciliter l'extraction du minerai, une galerie à travers bancs a été pratiquée et elle atteint la couche à 600 mètres environ à un niveau un peu plus élevé que celui du Doubs. C'est cette dernière qui est visible à côté de la chute du Rognon.

Il est à noter que les bancs de minerai de Laissey semblent être dans le prolongement de ceux présents sur la commune d'Aïssey (un haut fourneau fut même installé dans l'abbaye de la Grâce-Dieu entre 1800 et 1840).

Ces couches de minerai de fer oolithique1 en roche présentent une épaisseur utile de quatre mètres intercalée entre les bancs calcaires du premier étage jurassique.

(1) oolithique : qui contient des pierres composées de petits grains en forme d'oeufs de poisson.

[Bancs de minerai]
Détail des bancs de minerai (coupe suivant A-B du plan précédent).


En souterrain, les diverses concessions présentent un réseau de galeries d'allongement recoupées par des galeries transversales. Les travaux d'exploitation avaient été conduits en vue du meilleur aménagement pour un long avenir. Ils ont démontré que la couche de minerai se poursuit, sur tous les points, avec une puissance et une qualité constantes.

Vers les années 1890, deux ingénieurs au corps des Mines, M. H. Résal et d'Ambly, et un professeur de géologie à la Faculté des sciences de Besançon, M. A. Vézian, menèrent des études sur la quantité que pouvait encore fournir le bassin de Laissey.
D'après leur rapport, qui se rapportait à la seule concession de Souvance dont la surface n'est que de 79 hectares, cette dernière était susceptible de donner encore 1 620 000 tonnes de minerai, en ne supposant l'enlèvement que de la moitié de la couche, sur une étendue réduite à 40 hectares et sans tenir compte ni du pendage ni du dépilage, qui se faisait habituellement dans les autres exploitations. En d'autres termes, le chiffre de 1 620 000 tonnes était un minimum.

Si l'on considère d'ailleurs que les trois autres concessions ont huit fois l'étendue utile de celle de Souvance et qu'elles présentent une couche identique en puissance, régularité et richesse, on voit que les quatre concessions réunies produiraient au minimum 14 580 000 tonnes.

En 1890, cette étude estimait donc qu'on se trouvait en présence d'une masse de 14 à 15 millions de tonnes, hypothèse la plus basse. Si les techniques d'exploitation courantes avaient été pratiquées, comme le pendage ou le dépilage, la quantité disponible pouvait être doublée, soit 28 à 30 millions de tonnes. A noter qu'à cette époque, la quantité prélèvée par les extractions antérieures était considérée comme négligeable et, par conséquent, la capacité de production du bassin de Laissey était intacte.

Il faut dire que les techniques d'exploitation étaient rudimentaires (absence de boisage, d'épuisement et, comme on l'a déjà vu, de pendage et de dépilage). Cependant, l'extraction était facilité par l'épaisseur de la couche de quatre mètres. Les frais d'exploitation revenait, en 1894, à 1,50 francs la tonne au lieu de 3 francs pour les mines de Meurthe-et-Moselle.




    Composition chimique des minerais de Laissey


Les minerais de Laissey peuvent être classés en trois grandes familles : minerai tendre, minerai de dureté moyenne et minerai dur, les deux premières duretés étant largement dominantes.

L'étude Statistique géologique, minéralogique et minéralurgique des départements du Doubs et du Jura en donne les trois analyses suivantes :


minerai tendre minerai de
dureté moyenne
minerai dur
silice 0,224 0,141 0,091
alumine 0,046 0,029 0,014
alumine soluble 0,020 0,015 0,011
sesquioxyde de fer 0,469
(fer 0,328)
0,399
(fer 0,279)
0,359
(fer 0,2625)
acide carbonique 0,095 0,157 0,207
chaux 0,120 0,201 0,264
eau et perte 0,026 0,058 0,054
totaux 1,000 1,000 1,000


Par conséquent, le minerai de Laissey était considéré de bonne qualité. Etant donnée sa composition chimique et, notamment, sa faible teneur en phosphore, il convenait parfaitement à la fabrication des fontes de moulage. En effet, celles fabriquées à partir du minerai de Laissey ne contenaient que 1 % de phosphate alors que celles de Nancy en renfermaient 1,4 % et celles de Longwy jusqu'à 2 %. En 1894, cette qualité suffisait à assurer une plus-value de cinq à six francs par tonne.

Seul bémol, les minerais de Laissey ne rendaient que 25 % en moyenne dans un haut-fourneau contre 30 % à 34 % pour ceux de Meurthe-et-Moselle. Cela nécessitait donc pour obtenir une tonne de fonte de moulage :


minerai de
Laissey
minerai de
Meurthe-et-Moselle
rendement du minerai
dans un haut-fourneau
25 % 30 %
quantité de minerai 4 tonnes 3,3 tonnes
coke pour alimenter
le haut-fourneau
1430 kg 1250 kg


En 1894, l'étude Notice sur les mines de fer de Laissey (Doubs) : projet d'établissement de haut fourneau donnait les prix de revient suivants en sortie d'usine pour l'obtention d'une tonne de fonte de moulage produite sur place :


production
à Laissey
production en
Meurthe-et-Moselle
rendement du minerai 25 % 30 %
minerai 6,00 frs 10,00 frs
coke pour alimenter
le haut-fourneau
35,52 frs 25,05 frs
frais de fabrication 7,15 frs 6,25 frs
prélèvements obligatoires 2,41 frs 2,10 frs
totaux 51,08 frs 43,40 frs


On note une différence de 7,68 francs en faveur de la fonte produite en Meurthe-et-Moselle. En sachant que Laissey ne possédait pas de haut fourneau et qu'il fallait prendre en compte les coûts de transports pour acheminer le minerai jusqu'aux lieux de production, la différence s'accentuait encore plus. Ainsi, le déclin des mines de Laissey et d'ailleurs s'amorça dès 1885 au profit des mines et des centres de production de Meurthe-et-Moselle.




    Noms et emplacements des mines de Laissey


nom localisation remarques
mine de Jay-Rouge à côté du Rognon
  • concession du Jay-Rouge.
  • entrée à 316 m d'altitude.
  • surface : 0,02 ha.
  • à ne pas confondre avec la galerie d'évacuation du minerai qui, elle, se trouve à côté de la cascade du Rognon.

mine de Froide-Oreille (Souvance est) sur la route entre l'usine Bost et le passage à niveau
  • concession de Souvance est.
  • entrée à 275 m d'altitude.
  • surface : 0,02 ha.
  • doit certainement son nom au fait qu'un air glacial est ressenti devant l'entrée.

mine de Laissey est sous le château de Vaîte
  • concession de Laissey.
  • entrée à 385 m d'altitude.
  • surface : 0,02 ha.

mine de Tremont sur le chemin qui mène au bas de Tremont
  • concession de Souvance ouest.
  • officiellement non répertoriée.
  • entrée condamnée par des glissements de terrain.

mine ? à côté du terrain de football
  • concession de Roulans est.
  • officiellement non répertoriée.




    Les différents exploitants


date noms des exploitants
décret
impérial du
19 août 1856
- M. Denis-Auguste Pelletier (concession des mines de Souvance).
- Compagnie des forges d'Audincourt (concession des mines du Jay-Rouge).
décret
impérial du
22 juillet 1863
- M. Jean-François Sarrazin et Joseph-Auguste Mercier (concession des mines de Roulans).
- Société des fonderies et forges du Creusot (concession des mines de Laissey).
1877 - la Société du Creusot
- Société d'Audincourt
- Société des mines de Souvance
- Société Sarrazin fils et Cie (dirigée par Jean-François Sarrazin)
1889 - Mines de Souvance : Sarrazin fils et Cie
- Sarrazin et Besson
1906 Sarrazin frères
1917 Thiébaut et Sarrazin frères
1921 Thiébaut et Sarrazin frères
1933 Thiébaut et Sarrazin frères




    Les mineurs


L'exploitation des mines de fer attira de nombreux ouvriers, en particulier une forte communauté italienne. Vous trouverez, ci-dessous, une liste non exhaustive des mineurs et des "mineuses" ayant participés à l'exploitation du bassin de Laissey.

La période de recensement correspond aux dates de mariage ou de naissance des enfants des mineurs. Ces derniers ne sont pas tous dénombrés, à la fois parce qu'ils n'ont pas tous été mariés à Laissey ou qu'ils n'ont pas tous eu des enfants ou des enfants nés à Laissey et du fait que la profession n'est malheureusement pas toujours renseignée dans le Registre d'état civil de la commune. De nombreuses personnes notées comme journalier devaient certainement être embauchées à la journée ou à la semaine aux mines.

Le plus ancien mineur fut recensé en 1814 et le dernier en 1896.


nom période de
recensement
remarques
AUBERTO Antoine 1861 - 1863  
BERTHIER François 1866 employé aux mines du Creusot
BOILOT Claude François 1855 - 1867 époux de Jeanne Louise Boilot (le 14/11/1854)
né le 23/09/1829 à Laissey,
décédé le 30/01/1908 à Deluz
BOILOT Jeanne Louise 1855 et 1867 épouse de Claude François Boilot (le 14/11/1854)
née Palantin le 03/02/1835 à Laissey,
décédée le 13/03/1906 à Laissey
la seule femme travaillant aux mines ?
BOST Antoine 1861 et 1879 chef mineurs à partir de 1872
BOVE FORGIOT Pierre Jean Baptiste 1857 et 1859 chef mineurs
né le 11/03/1827 à Piemont (Haute-Allier)
COLOMBO Jean Marie 1861  
CORROTTE Auguste 1861 né le 30/05/1830 à Laissey,
décédé le 22/03/1881 à Laissey
CORROTTE Jean François 1862 né le 20/06/1833 à Laissey
CORROTTE Nicolas Isidore 1862 né le 18/04/1834 à Laissey,
décédé le 29/10/1911 à Laissey
DOUCOT Jean Claude 1864 né le 09/01/1834 à Baume-les-Dames
DROVETTO Joseph Marie Martin 1863 né le 13/07/1827 à Oglianico (Piemont, Italie)
FLORIOT Antoine 1858 - 1866  
GIACOMO Louis 1866 employé au mines du Creusot
GIONO J.B. Barthelemi 1859  
HAUBERTO Antoine 1858  
JOURNE ou JOURNET Jacques 1863 né à Duminiac, commune de Allègre (43)
MARCHANDET Henri 1864 né le 02/08/1839 à Maco (74)
MARCHIANO Pierre 1861  
MICHEL Lazare 1862  
PALANTIN François Victor 1867 né le 19/11/1836 à Corcelle Mieslot,
décédé le 15/07/1867 à Laissey
PERCEVALLE Claude 1863  
PONCOT Célestin 1864  
ROBERT Jacques 1814 le plus ancien mineur recensé
ROBERT Désiré Constant 1876 chef mineurs
né le 24/04/1842 à Laissey,
décédé le 01/07/1898 à Laissey
SCARDUELLI Céleste Antoine 1894 - 1896 le dernier mineur recensé
SIBERARIO Dominique 1858  
TRAMUS Joseph 1863  




    Photographies


Mines de Laissey est (concession de Laissey) :

[Entrée de la mine]
Entrée de la mine sous le château de Vaîte. [Panneau d'avertissement] Panneau d'avertissement à l'entrée de la mine rappelant la protection des chauves-souris.
[Intérieur de la mine] Intérieur de la mine. Des galeries sur la gauche passent sous le tunnel de Champlive.
[Vue vers la sortie]
Vue vers la sortie de la mine.
[Bouche d'aération] Au centre de la photographie, une bouche d'aération de la mine, à gauche du tunnel de Champlive. [Entrée de mine sur la route Champlive] Galerie bouchée sur la route menant à Champlive (des essais avaient dû être menés, car elle est profonde de deux ou trois mètres seulement).


Mine de Jay-Rouge (concession du Jay-Rouge) :

[Evacuation mine Jay-Rouge] Galerie d'évacuation du minerai de la mine de Jay-Rouge, à côté de la cascade du Rognon.


Mine de Tremont (concession de Souvance ouest) :

[Entrée de la mine]
Entrée principale de la mine, oubliée et non sécurisée par une grille de protection.
[Entrée de la mine]
Autre entrée de la mine, condamnée depuis plusieurs années par des glissements de terrain.


Mine de Froide-Oreille (concession de Souvance est) :

[Entrée de la mine] Entrée de la mine, condamnée par une grille. [Intérieur de la mine] Intérieur de la mine.


Mine à côté du terrain de football (concession de Roulans est) :

[Entrée de la mine] Entrée de la mine, condamnée par une grille. [Intérieur de la mine] Intérieur de la mine.




    Bibliographie


  • Annales des mines, cinquième série, tome X (Ministère des travaux publics, 1856).
  • Annales des mines, sixième série, tome III (Ministère des travaux publics, 1863).
  • Itinéraire général de la France, de Paris à la Méditerranée (1863).
  • Statistique géologique, minéralogique et minéralurgique des départements du Doubs et du Jura (Henri Résal).
  • Notice sur les mines de fer de Laissey (Doubs) : projet d'établissement de haut fourneau (F.S., 1894).
  • Registres du commerce de Laissey (1877, 1889, 1906, 1917, 1921 et 1933).
  • bulletins municipaux.

 
Dernière mise à jour : le 18 mars 2012